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JOUEZ AVEC JUDAS !

 

Voici le synopsis d'un projet de livre intitulé :

" Où est Judas ? - Les représentations de la Cène à travers les siècles".



De quoi s'agit-il ?

Le dernier repas du Christ est, après la Crucifixion, la scène biblique la plus représentée. Jusqu’à présent, les auteurs ne s’y sont intéressés qu’à travers les monographies liées à tel ou tel peintre… Dans ce genre d’ouvrages, le style de l’artiste est davantage analysé que la « lecture » qu’il effectue de ce moment annonciateur du drame, sur lequel « repose » en grande partie la religion catholique (institution de la messe, rédemption…).
Personne ne s’est livré à une étude comparative des différentes représentations de la Cène en ce qu’elle a de plus important : la place de Judas, qui, après le Christ, est le personnage le plus important.
Outre les nombreuses interrogations qui demeurent quant à la vie et les motivations de Judas, dans leur interprétation de la Cène, de nombreux peintres se sont affranchis en partie des codes de l’iconographie religieuse… à moins que ceux-ci ne soient trop subtils pour la majeure partie du public du XXIe siècle. Nombre de représentations du Dernier repas comportent une énigme de taille : où est Judas dans leur tableau ?
A travers cette « entrée » ludique, ce livre a donc pour objet de parcourir l’histoire de l’art, du Moyen Âge au XXIe siècle, à travers la reproduction de quelque 200 tableaux, qui ont pour seul point commun d’illustrer la même scène des Evangiles.

Comment reconnaître Judas ?

Puisque l’on ne sait pas à quoi Judas ressemblait, raison de plus pour lui donner des attributs identifiables afin de le distinguer des autres apôtres. On peut grossir ses traits, l’enlaidir… tout est possible. Voici la liste des différents critères utilisés dans l’iconographie religieuse pour reconnaître Judas :

· La couleur de ses habits (souvent jaune), celles de ses cheveux (souvent roux). A cet égard, et bien que cela ne soit pas l’objet de cet ouvrage, il faut signaler ici que, à partir du XIIIe siècle, dans l’imagerie chrétienne un personnage vêtu de jaune, ou qui porte du jaune sur une des pièces de son vêtement est souvent un juif. Progressivement, il y aura un glissement de l’imaginaire à la réalité. Le Concile de Latran, en 1215, annonce la diabolisation des juifs. En effet, le Décret du IV° Concile de Latran avalisé par le Pape Innocent III, fixe l’obligation pour les communautés juives de porter un signe distinctif (Rouelle en France, Chapeau jaune en Allemagne…).
· Son physique : forte pilosité, petite taille, front bas, masque bestial, peau mate… et parfois gaucher ! Dans la culture du Moyen Âge chrétien, la main gauche est celle des ennemis du Christ (Matthieu 25:41). Judas, souvent, porte à gauche (ou tient de la main gauche) la bourse aux trente deniers...
· L’argent : on aperçoit très souvent la bourse de Judas. Elle représente non seulement sa charge de trésorier des apôtres, mais aussi et surtout le prix de sa trahison,
· Le nimbe (auréole) est absent ou de couleur noire,
· Les gestes : il met la main au plat avant l’institution de l’Eucharistie (et donc, n’y participe pas).
· L’opposition géographique : souvent, Judas est seul de l’autre côté de la table.
 

Faisons simple pour commencer.... Où est Judas ?

 

 

Facile !

Et là ?

 

 ... ou là ?

Ou encore :

 

Vous avez compris le principe ! Attention, plus compliqué :

Vous avez trouvé ?
Cheveux longs et barbes ondulées : tous les apôtres se ressemblent étonnamment. Pourtant, d’infimes détails les distinguent les uns des autres. Ainsi, Jean, le visage imberbe, assis jusqu’à présent dans l’iconographie à la gauche du Christ (car il est celui que son cœur aimait), figure ici à droite, la tête légèrement penchée. Quant à Judas, il ne dégage pas la même bonté que les autres apôtres. Sa moue dédaigneuse et son regard, sans détour, le désignent – subtilement – aux spectateurs.
 

Un petit point d'explication supplémentaire (si vous préférez JOUER, allez directement à d'autres illustrations) : LES EVOLUTIONS DES REPRESENTATIONS DE LA CENE

Dans de nombreuses représentations du Moyen Âge de la Cène, les artistes ont représenté Jésus à gauche de la table (comme dans la tradition byzantine) et Judas, en opposition, seul de l’autre côté (comme dans deux des représentations ci-dessus). Cette « distribution » des personnages autour de la table montre que l’essentiel était alors de montrer la séparation entre la communauté (chrétienne) et le traître. Cette représentation (les bons disciples d’un côté et Judas de l’autre) a été quasi immuable jusqu’à Léonard de Vinci (j'ai reproduit deux contre-exemples ci-dessus !). Outre la désignation immédiate de l’apôtre apostat, cette représentation indiquait également que Judas, détaché physiquement du groupe, était sur le point de le quitter.

Où est Judas ?
L’état de l’œuvre rend difficile l’identification immédiate de l’apôtre félon. En outre, Vinci l’a placé à un endroit assez inhabituel… puisqu’il est celui qui est assis à sa droite. Contrairement à la tradition, Judas n’est pas mis à l’écart ni représenté de dos. Il est assis de profil, un peu en recul Il est représenté de la même manière que ses compagnons : comme un homme qui pouvait choisir entre le bien et le mal et qui a choisi le mal. Vêtu de bleu et de vert (NB : il convient de vérifier les couleurs actuelles de l’œuvre et les pigments d’origine), il a une carnation plus mate que les autres. Appuyé sur le coudre droit, il écoute Pierre dire à Jean : « Demande lui qui est celui dont il parle ». Surtout, il tient dans sa main droite la fameuse bourse…
 

Les innovations introduites par Léonard de Vinci sont nombreuses et si audacieuses qu’elles expliquent que son œuvre ait été si souvent copiée. Tout d’abord, le peintre florentin réintroduit Judas parmi les apôtres (ce qui rend sa traîtrise encore plus abjecte). Pis : il est presque assis à côté du Christ. Son visage est dans l’ombre, mais son attitude, presque assurée, est très différente de celle des apôtres qui s’interrogent pour savoir qui a trahi le Maître ainsi que celui-ci vient de l’annoncer. Vinci a également introduit du mouvement : les apôtres sont inquiets, certains même, affolés. Judas se trahit par ses gestes : sa main droite tient la bourse et sa main gauche saisit le pain sur la table. Symétriquement, Jésus accomplit le même geste de sa main droite. Alors que la majorité des représentations choisissent de montrer la trahison, Leonard de Vinci peint également l’institution de l’Eucharistie, rassemblant plusieurs éléments narratifs dans une seule œuvre.
Après Léonard de Vinci, de nombreux artistes mettent l’accent sur le repas communautaire qui devient souvent un banquet (Bassano, Véronèse, Tintoret…). Fréquemment, les apôtres ne sont plus seuls, d’autres personnages (et même des animaux) font leur apparition.

(pas facile de trouver Judas, dans ce "Repas chez Levi" de Véronèse, initialement baptisé "La Cène" !)

Ou :

(Pas simple non plus dans cette toile du Tintoret !)

Et là ?

 

Cette xylographie de Dürer, réalisée en 1523, intègre des éléments du débat théologique lié à la Réforme : le luxe du repas et du décor est abandonné, les mets ont disparu de la table, ne reste que le calice. Et où est Judas ? Il a disparu ! Cela permet à Dürer d'offrir une composition quasi aussi symétrique que celle de Léonard, en trois groupes (l’un de cinq apôtres, l’autre de quatre et le dernier de trois) d’importance (spatiale) similaire.

Une merveille (ce coup-ci, la solution est on ne peut plus simple), signée Rubens :

 

Ce tableau de Poussin est intéressant, notamment parce qu'il illustre un autre moment, précis, de la Cène... Trouvez Judas d'abord !

 

Poussin peint la fin du dernier repas : « Dehors il faisait nuit », dit l’Evangile. L'artiste n’a besoin d’aucun des attributs « classiques » de Judas pour nous le désigner. Alors que l’éclairage en hauteur « nimbe » les apôtres, le visage de Judas est dans l’ombre. Il est déjà dans la nuit. Il n’est pas difficile à trouver puisqu’il quitte la scène…et se met, en quelque sorte en exergue – c’est-à-dire, en dehors de l’œuvre. Ce faisant, par cette situation, il donne la dimension tragique à une scène qui ressemble plutôt à une assemblée paisible. Comme si le dynamisme de l’ensemble reposait sur les épaules de Judas…

Petit à petit, les représentations de la Cène vont perdre leur contenu rituel et liturgique : l’art devient le sujet (cela est très vrai avec Vinci, source d’inspiration des autres artistes) et se sépare du contexte religieux. Faisons un grand saut dans le temps pour arriver au XXe siècle avec Warhol :

 


 Où est Judas ? Il est là où l’avait placé Léonard de Vinci… mais cela n’a plus guère d’importance !

Version Simpson, à la manière de la série « Les Sopranos », pour la Golf de Volkswagen, ou les Lego, par David LaChapelle, Marithé et François Girbaud… : les détournements de la Cène ont été particulièrement nombreux à la fin du XXe siècle (quasi toujours sur le modèle de Léonard), certaines représentations donnant lieu à des polémiques, voire des procès, rappelant ainsi le temps lointain où Véronèse dû échapper aux griffes de l’Inquisition. Dans la plupart des cas, il s’agit moins d’une référence aux Evangiles (à travers la représentation de la trahison de Judas ou celle de l’Eucharistie) que d’une réinterprétation (ou de détournements) de l’œuvre de Léonard de Vinci.

Pour finir, cette version, mémorable de l'artiste américaine Renée Cox :

Où est Judas ? Encore quelques secondes, et vous aurez trouvé !!! 

 

Voilà, la desciption sommaire de ce projet de livre est achevée. Il est temps de se quitter.

 ("Quand Judas eut pris la bouchée, il sortit aussitôt ; il faisait nuit." Evangile selon Saint-Jean).

Les quarante premières pages sont écrites (introduction, explications multiples, textes associés à des reproductions des oeuvres...)...
Je les tiens à la disposition de qui pourrait m'aider à publier ce livre !

Merci.

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